Libération de la Provence il y a 76 ans

Mesdames et Messieurs, chers amis,

La commémoration du 15 août revêt cette année un caractère très particulier pour nous, Français, puisqu’elle s’inscrit dans le souvenir du 76ème anniversaire de la Libération de la France, marquée par les débarquements du 6 JUIN 1944 en NORMANDIE et du 15 AOUT 1944 en PROVENCE.

Cette commémoration permet de raviver la flamme de l’amitié et de la fraternité Franco-Américaine, allumée voici plus de deux siècles par LA FAYETTE et WASHINGTON et toujours entretenue depuis, que ce soit par CLEMENCEAU et WILSON ou par de GAULLE et EISENHOWER.

Ici même, à Draguignan, et beaucoup plus modestement, nous entretenons pieusement le souvenir et la mémoire de tous ces combats menés côte à côte, partout dans le monde, pour défendre la liberté.

Il existe en effet entre nos deux nations une véritable fraternité jamais démentie depuis plus de deux cents ans. Une fraternité forgée dans les combats menés ensemble pour la Liberté en 1776, en 1917, en 1944, dont les conséquences sur le destin du Monde furent immenses.

De ces combats partagés sont nées une amitié et une fraternité que rien n’a jamais pu altérer.

Les soldats américains débarqués en Provence, reposant au cimetière américain « Rhin Rhône » de Draguignan, sont les témoins à jamais de ces liens du sang qui unissent l’Amérique et la France.

Hommes jeunes, hommes simples, hommes de devoir, imprégnés de cet idéal de liberté qu’emporte dans ses plis la bannière étoilée partout où elle se déploie, ils n’eurent souvent de la France que l’image fugitive d’une plage dont le sable à peine foulé, devint hélas leur linceul.

Fauchés en pleine jeunesse, des milliers et des milliers de libérateurs n’auront ainsi traversé qu’un océan et n’auront jamais revus leur pays. Ultime voyage d’un destin fulgurant où la Liberté et la Justice sanctifièrent le sang versé pour la dignité de l’Homme par ces héros anonymes.

Ces hommes sont le vrai visage, le visage éternel de l’Amérique que nous aimons, que nous soutenons comme la grande nation, sœur de la France, et indéfectiblement unie à elle par les épreuves de l’Histoire.

Comme des centaines de milliers d’autres G.I., ils ont combattu et sont tombés pour que les peuples d’Occident et d’Orient puissent vivre libres.

Leur lutte, leur abnégation, leur courage ont permis, après bien des souffrances, après bien des horreurs, que les démocraties triomphent des barbares.

Mais n’oublions jamais à quel prix cette victoire fut acquise. Des dizaines de millions de morts, des pays entiers dévastés et ruinés, des populations massivement déportées, martyrisées, exterminées.

Oui, les soldats américains ont permis au monde libre de vaincre le monstre nazi, qui a englouti les espérances de millions d’hommes, partout où il a sévi.

Alors qu’aujourd’hui la liberté demeure un bien fragile trésor dont trop peu de nations sont les gardiennes vigilantes, nous devons plus que jamais rendre hommage à la gloire de tous ces héros anonymes, disparus il y a soixante-quinze ans. Nous devons aussi écouter avec respect et recueillement le témoignage de ceux qui leur ont survécu et qui, inlassablement, prêchent la paix et la justice dans le monde.

Entendons ces voix éraillées par les ans à force d’avoir trop crié que la guerre était une folie meurtrière. Nous avons besoin de ces repères, de ces références morales et spirituelles pour continuer à porter dans l’honneur, les valeurs de liberté qui sont les nôtres.

Cette liberté, si fragile et si menacée, ne compte plus ses ennemis ; ceux qui veulent l’abattre parce qu’elle proclame la dignité de l’homme ou de la femme, son intelligence, sa conscience et sa transcendance… Les barbares – nazis ou staliniens hier, les nouveaux racialistes, les fondamentalistes islamistes et les terroristes aujourd’hui – ne tolèrent que des regards baissés, des échines courbées, des slogans ânonnés.

La liberté, elle, ne rêve que d’horizons clairs et lointains, de souffles purs et vivifiants, de mains tendues et de regards tournés vers l’autre.

C’est ce combat pour nos valeurs, notre culture, notre spiritualité occidentale que nous avons encore à mener aujourd’hui dans un monde aux destinées incertaines.

En ce jour de mémoire, notre devoir est de tout faire pour que le sacrifice de ces hommes n’ait pas été vain. Nous avons envers eux une dette imprescriptible : Celle du sang versé. La meilleure façon de l’honorer est de demeurer fidèles à l’esprit et aux valeurs qui les ont animés lorsque le 15 AOUT 1944, ils ont posé le pied sur la terre de France, sur les plages de Provence, et le 16 AOUT dans le ciel de La Motte.

N’oublions jamais qu’il peut y avoir pour un soldat une deuxième mort… celle de l’oubli, celle de notre indifférence.

C’est dans le sang des justes que se noya le noir dessein des barbares.

Jamais sans doute dans l’histoire, un combat ne fût plus grand et plus décisif que celui des Nations alliées contre l’Axe du mal.

Aujourd’hui, le calme, la sérénité, la paix qui émanent de nos carrés militaires, nécropoles,  ces Croix et de ces Étoiles de David  blanches, plantées dans notre sol sacré, résonnent comme un écho paradoxal au fracas des armes et à la fureur des combats qui ensanglantèrent notre terre de Provence, voici 76 ans.

Sachons puiser dans la force de l’Esprit qui souffle sur ces tombes, le courage et la volonté de toujours résister, de ne jamais transiger face à l’intolérance, au fanatisme, au racisme, et actuellement au radicalisme islamique même qui nous menace désormais.

Soyons à l’image de ces soldats américains, à l’image aussi de nos résistants qui les accueillirent à quelques pas d’ici, le 16 Août 1944. Sachons comme eux aller jusqu’au bout de notre engagement.

Leur lutte, leur abnégation, leur courage ont permis, après bien des souffrances, après bien des horreurs, que les démocraties triomphent.

Leur combat continue en effet aujourd’hui dans les montagnes d’Afghanistan, d’Irak, de Syrie, au Mali, où américains et français luttent côte à côte pour la Liberté… Comme il y a 76 ans, comme…

Comme si l’Histoire décidément devait sans cesse réécrire la même page en la signant toujours de l’honneur de nos drapeaux et du courage de nos soldats.

Je veux donc rendre hommage à tous ces combattants de la liberté.

Qu’ils aient porté un uniforme ou simplement un brassard tricolore ;

Qu’ils aient combattu avec des mitrailleuses ou seulement avec de vieux fusils ;

Qu’ils aient servi sous la bannière étoilée ou brandi bravement une Croix de Lorraine ;

Tous sans exception, Soldats et Résistants méritent à jamais d’être fraternellement unis dans notre reconnaissance pour les sacrifices consentis.

Rendons hommage à nos résistants dracénois. Grâce à leur courage, mais aussi à leur intelligence et leur sang-froid, la libération de la Ville fut obtenue sans destructions massives ni bain de sang.

Le Général NEULING ne fût jamais en mesure de prendre les décisions stratégiques qui auraient pu contrarier sérieusement les plans alliés, dans les heures cruciales qui suivirent le débarquement sur les plages varoises.

C’est dire si les combattants de l’Armée des Ombres prirent une part décisive à la libération de leur patrie.

Leur efficacité militaire fût légitimement reconnue.  Mais saluons aussi le sens des responsabilités politiques dont la plupart firent preuve dans les villes libérées, afin de substituer à l’infâme pouvoir  de Vichy, celui glorieux de la Résistance. 

Le Conseil National de la Résistance permit ainsi d’asseoir fermement auprès de nos alliés la légitimité historique du Général De GAULLE pour restaurer la souveraineté nationale et diriger le Gouvernement Provisoire de la République Française. 

Ainsi l’œuvre de résurrection nationale engagée le 18 juin 1940 à Londres se trouvait accomplie et le héros de la Résistance, Jean MOULIN, était enfin vengé dans la débâcle absolue de ses tortionnaires nazis et de leurs affidés vichystes.

Grâce au courage,  au sacrifice, de ces milliers d’hommes et de femmes engagés dès 1940 dans les Forces Françaises Libres ou dans les réseaux clandestins, la flamme de la résistance française ne s’éteignit jamais.

Fragile et vacillante, elle ne cessa jamais d’être étincelante dans la nuit et le brouillard hitlérien.

C’est son éclat qui doit encore nous guider aujourd’hui  pour perpétuer dans le monde l’inlassable combat de la Liberté contre la barbarie.

Mathieu WERTH, Conseiller Municipal