Mon chien et mon mouton m’ont dit…

L’art difficile de la volte farce (épisode 6)

Depuis 48 heures mon chien jubile ! Plus de 300 moutons ont inauguré à leur manière le boulevard Clémenceau fraîchement relooké, en déposant force crottes sur leur passage.

Symboliquement, ils sont remontés de la sous-préfecture au site du futur ex CARNOT-GARE, participants ainsi à leur manière, au doux parfum de concertation qui flotte depuis quelques semaines dans les feuilles du journal Var Matin.

En fin connaisseur de l’œuvre abondante de Frédéric Dard, mon chien m’a rappelé une belle formule de cet humoriste, inspiré par le titre de l’exemplaire du canard (« premier oral du projet victoire ») qu’il venait de parcourir :

« Un politicien ne peut pas faire carrière sans mémoire, car il doit se souvenir de toutes les promesses qu’il faut oublier ».

Dans les deux ans qu’il reste à l’équipe STRAMBIO pour ne pas mettre en œuvre le programme sur lequel elle s’est fait élire, il va falloir sérieusement forcer sur les doses d’oméga trois et de vitamines B !

D’autant plus que, non content de ne rien faire de ce qui a été promis, nos édiles réussissent le tour de force de réaliser le « chef-d’œuvre » du projet de l’adversaire, battu justement sur cette question !

Il est vrai que l’équipe municipale est pilotée par un tandem qui a bénéficié opportunément de l’effet nouveauté inspiré par « Draguignan au Cœur », mais qui sort tout droit de la Dream Team de la précédente municipalité, dont la fidélité aux engagements n’était pas le marqueur le plus évident.

Chassez le naturel il revient au galop.

Alors, pour faire gober la pilule de CARNOT GARE rebaptisé, STRAMBIO et sa garde rapprochée ont décidé d’ouvrir une large concertation de rattrapage, en demandant aux Dracénois ce qu’ils pensent d’un projet déjà acté par le Conseil Municipal depuis octobre 2017.

Du cinéma, en somme !

Et encore, ils ne l’ont fait que par ce que de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer cette effarante volte farce de mi-mandat !

Concertation disent-ils ? Parlons-en : Var Matin s’émerveille (il lui en faut peu) sur l’ampleur de ce sondage d’opinion. Humour sans doute :

209 questionnaires ont été distribués aux commerçants et 283 aux riverains pour connaître « leurs habitudes et surtout leurs attentes et leurs envies pour ce projet d’envergure ».

C’est peu, très peu.

Le débriefing a été fait non pas par le maire en personne ou ses adjoints, mais par Philippe Jovignot, responsable de la société Rhapsody filiale du groupe DEROMEDI le promoteur auquel le marché est promis.

Et de se féliciter : 48,80 % de réponse chez les commerçants, soit 102 retours, et 65 seulement chez les riverains !

167 réponses en tout pour décider du sort du cœur d’une ville plus de 40 000 habitants…

Bel exemple de concertation réussie.

En réalité tout cela n’est que simulacre, sachant que le promoteur a déjà fait faire ses propres études d’impact et de chalandise, et qu’il pense que ses intérêts seront préservés à défaut de ceux des commerçants de proximité en place, ou des riverains.

La photo de la réunion de concertation qui justifie plus de quatre feuilles de notre canard local est désolante : quelques dizaines de participants. Dire que les Dracénois sont désabusés est peu dire : Ils sont désespérés.

En quatre ans l’équipe en place a fait la démonstration de la justesse du constat sévère mais imparable de Monsieur Noyoux à qui nous devons, en autres choses, l’un des plus éloquent portrait de notre maire mesurant son impuissance chronique à faire face !

Face, volte face, volte farce.

Reste la dure réalité à laquelle Philippe Bouvard, qui fut un temps chroniqueur à Var Matin, nous rappelle :

« On devrait se méfier davantage des promesses des hommes politiques puisqu’ils ne peuvent nous faire de cadeaux qu’avec ce qu’ils nous prennent ! ».

Non contente de disposer à sa guise d’un foncier stratégique en cœur de ville, à des conditions qu’il lui faudra bien détailler un jour, de s’apprêter à démolir le parking Louis GO (qui restera l’une des incongruités les plus onéreuse du mandat), de programmer la destruction de l’office du tourisme et donc sa reconstruction, de refaire au moins partiellement le parking souterrain « Victoire », de reloger la salle des sports et celles dédiées aux associations… l’équipe municipale va investir dans un musée à plus de 7 millions d’euros ce qui, dans un tel contexte, est indécent !

Et mon chien d’observer que le soin de la partition de CARNOT-GARE est confiée à une société qui s’appelle « Rhapsody », c‘est à dire du nom d’un genre musical proche de l’improvisation !

DRAGUIGNAN : 40 000 habitants, 167 réponses à la grande concertation… Moitié moins que de moutons en ville ce 26 mars !

Comment peut-on oser dire et écrire que ces réponses « ont permis de dresser le profil actuel des commerçants de Draguignan et de mettre en exergue les carences de la cité du dragon » ?

Une seule chose est sûre, parce qu’évidente : le profil des commerçants du centre-ville est bas, bien bas. Ils en sont même réduits à observer pousser des orties devant leurs boutiques !

Le pire enfin c’est que l’équipe en place, lors de son bilan en 2020, ne pourra même pas se réfugier derrière l’excuse du manque de moyens, comme elle l’a fait jusqu’à présent, eu égard aux millions d’euros d’aides de toutes sortes qu’elle a déjà perçu et de la manne annoncée au titre du « plan d’action cœur de ville » qui va pleuvoir sous peu par la grâce gouvernementale !

Tout cela prêterait à sourire si mon chien ne me rappelait à cet instant précis que l’argent public ne tombe pas du ciel mais du fruit du travail des citoyens « con-tribuables », ce qui est effectivement beaucoup moins drôle !

Il ne reste donc plus qu’à attendre l’entrée en gare des « enseignes locomotives » annoncées (sans rire) par l’adjointe de service. H&M par exemple…

En revanche, personne n’a pensé à demander une opinion aux montons qui passaient en ville l’autre matin !

Il est vrai que pour eux l’abattoir est la seule certitude.

Sur ce, mon chien s’est mis « En Marche » pour renifler dans le caniveau du boulevard Clémenceau ce qu’il reste d’odeur de ruralité à Draguignan ! Les chèvres vont bientôt l’inaugurer à leur tour…

L’air du temps ? …. A suivre.